Démarche// Textes

par Anne Damesin

Démarche

Un « désir d’illusion »

 

Tout mon travail est une invitation à explorer les liens intimes que j’entretiens

avec le vivant.

 

Chacun de mes travaux pose la question de l’apparition et donc de l’absence.

 

Les propositions formelles s’articulent autour de la notion de la trace.

Les lignes deviennent maillage, liens tissés dans un flux plus ou moins dense. Les ronds prolifèrent et fourmillent comme un tissu organique, 

Les couleurs superposées sur la toile font apparaitre et disparaître dans le même temps le motif premier. 

Dans les dessins découpés c’est le dessous qui donne une vibration lumineuse.  Il révèle un trouble coloré et prégnant. 

 

Je peins ma poétique au monde. Je montre, je cache, je trouble pour jouer de la profondeur et la surface. 

Comme une mémoire qui chemine

C’est ma mémoire. 

Pierre Gilles. Commissaire d'exposition

Juin 2014

Pour Anne Damesin, le processus du travail présenté ici semble limpide : un dessin en mailles découpé (...)

Vient alors le temps d’une mise en couleur légère et poétique,quasiment imperceptible, histoire de ne pas peser.

Ensuite, par une douce manipulation de cette dentelle, suspendue ou épinglée légèrement sur un support plat, les dessins se font objets et volumes, laissant passer les jeux d’ombres et de lumières.

Avec le trouble qui naît de la présence d’une autre ombre, celle là, insidieuse et plus inquiétante puisqu’elle-même découpée dans le papier.

Une dialectique subtile du plein et du vide.

Catherine Gobet, présidente d'Ar Cime

Avril 2014

De son geste généreux, Anne Damesin dessine la vie qui jaillit de toutes ses lignes.

Les rythmes et variations sont, pour elle, une source majeure d'inspiration, qu'elle incarne dans des lignes de couleurs, expression la plus pure de la pensée Elle part volontairement des couleurs primaires, dans une démarche pleine de retenue, quasi ascétique, puis elle donne du souffle à ses lignes qui surgissent de la toile dans une énergie primale. Car ces lignes ont leur matrice et tracent des chemins qui leur sont propres. Existe-t'il un code à déchiffrer? Chacun trouvera des réminiscences personnelles en suivant ces vibrations colorées. Anne Damesin a aussi voulu approfondir son travail de création dans l'abstraction et tout naturellement le volume s'est imposé à elle. Elle crée des " tableaux en volume" et non pas des sculptures. Et, en effet, en partant de la toile, ces tableaux en trois dimensions intitulés" les échappées belles" nous emmènent dans une exploration poétique de l'espace. Anne Damesin n'est pas seulement guidée par une recherche intellectuelle, il y a une approche de la "suavité" de la matière en particulier lorsqu'elle travaille le bois, de tilleul ou de noisetier.Elle utilise d'ailleurs la caséïne, une peinture à base de lait qui confère à ses oeuvres une douceur gaie et sensuelle. Ses "fagots" ne sont pas de bois mort, bien au contraire.

(...)

Vincent Delaury pour la galerie de l’Echaudé.

La ligne aventureuse. Septembre 2013

Pour cerner la contemporanéité de l’œuvre peint de Damesin, il est révélateur de constater que, devant une grille dessinée ou une toile « tissée » par cette plasticienne,

on peut penser aux concepts de territoire de déterritorialisation philosophe Gilles Deleuze ainsi qu’au « Chaos-Monde » du poète antillais Edouard Glissant. Pour ces penseurs,

le monde contemporain, (...)est tel une toile d’araignée, permettant lignes de construction, mélange des imaginaires, rencontres, nouveaux territoires à inventer, à arpenter. Cette toile d’araignée, c’est la toile du Net et c’est la cartographie urbaine, toutes deux pas si éloignées du monde du cerveau, organe vivant d’une infinie plasticité constitué de multiples synapses qui ne sont autres que des zones de contact fonctionnelles s’établissant entre deux neurones, ou entre un neurone et une autre cellule (cellules musculaires, récepteurs sensoriels…). Cet ensemble, ouvert aux brassages, tissages, hybridations, remix, maillages et autres métissages, favorise la rencontre, la nouveauté, la réalisation imprévisible.

Les couleurs s’hybrident, fusionnent pour partir vers un ailleurs, les lignes bougent, le curseur se déplace. Et ce détour, ou ligne qui fuit par les bords, n’est jamais fuite ou renoncement. C’est au contraire l’idée de tracer sa vie librement, loin des marqueurs ou des diktats,. (...)

Bref, la ligne de Damesin est bel et bien aventureuse.

Elsa Castaing, Chercheur, Docteur es Sciences, auteur de plusieurs publications

Cinématique de la ligne. Janvier 2012

 

(...)Mailler le domaine pour mieux le contrôler, mailler lʼespace pour mieux le dominer. Damesin est passée dʼun mode de contrôle passif où elle se laisse emporter par la ligne, à un mode de contrôle actif, où elle utilise la ligne pour modéliser sa propre trajectoire.

Avant chaotique, de trajectoire inconnue a priori, la ligne est devenue régulière, structurée. Avant, hors de contrôle, ne laissant transparaître aucune vision à long terme, juste une proposition entre aujourdʼhui et le jour dʼaprès, la ligne est devenue repère. Elle seule indique le référentiel et rien nʼest laissé au hasard. Grâce à la discrétisation, lʼartiste sʼapproprie tout lʼespace temps et rien nʼéchappe à son contrôle. Des lignes parallèles, droites, perpendiculaires. La solution de lʼéquation est là, cachée et il appartient à chacun de la déterminer. Lʼartiste met à disposition tous les schémas de résolution, un ordre rassurant. Le nouveau monde solution ne fait pas peur, il est présent et évident, sʼimpose à nous et nous englobe. A nous de le voir, de le comprendre et dʼy inscrire notre chemin. Dans le tracé de la ligne, seule la distribution des couleurs reste aléatoire, symbole de lʼabsence de déterminisme dès lors quʼil sʼagit dʼappréhender lʼavenir.

Quoi de plus flou, en effet, que lʼinconnu ? Quel sens donner aux non conformités du maillage, sinon la difficulté de franchir les singularités ? Contre le filtrage implicite induit par le maillage, le peintre tente de lutter en raffinant localement les mailles. A nouveau, la ligne sʼauto-adapte, mais les lignes multiples et ordonnées ne parviennent pas à cerner la tache. La tache sʼétale et envahit tout le tableau, échappant à la représentation discrète proposée par lʼauteur.

Cʼest la vision du nouveau monde, libre, inconnu, imprévisible. Tout à construire, à deviner. Imaginer sans contrôler. Le tableau nʼest plus quʼun support à toute créativité.

Mailler lʼespace, mailler le temps. Mais comment mailler la pensée ? Damesin rejoint Mondrian. La toile propose une solution : à partir de la ligne, horizontale ou verticale, elle fournit un mailleur virtuel pour modéliser notre nouveau monde. 

 

Je pense donc je suis. 

Je crée donc jʼexiste.

Bienvenue dans le monde du 21ème.

 

Paru dans le blog de Artension